LES RUES D’HENDAYE (Première partie)

Et si l’on parlait du nom des rues ?
C’est important le nom des rues. C’est le reflet de l’histoire de la ville et des municipalités qui se sont succédées.
Je recommande aux amoureux de l’Histoire de parcourir le monumental dictionnaire des rues de Paris et c’est toute l’histoire de France qui défile. Le nom des rues, ça bouge, ça change au cours de l’histoire et du désir d’honorer les grands hommes de notre Nation ou de notre Ville. Combien de villes de France ont vu, à la Libération, le boulevard du Maréchal Pétain devenir boulevard du Général De Gaulle ? A Hendaye aussi ? Eh oui. Et combien de rues ou de places Royale sont devenues des rues ou places de La République ?
Le nom des rues c’est aussi l’histoire des municipalités de gauche ou de droite qui distillent leurs idées à travers des symboles, dont souvent des noms de rues ou de places.
A Hendaye aussi ? Bai !
La rue de la Liberté, par exemple, fut l’objet, chez nous, de bagarres mémorables puisqu’elle montait depuis le bas de la ville vers… l’arbre de la Liberté, symbole républicain, planté juste devant l’église ! Arbre de la Liberté, plusieurs fois abattu par les « réactionnaires » et les « cléricaux ». Il a disparu définitivement (on l’aperçoit encore sur de vieilles cartes postales) et, ironie hendayaise, la rue de la Liberté est depuis longtemps en sens interdit ! C’est-à-dire qu’elle ne monte plus « vers la place de la République », mais descend vers l’Espagne, ce qui, à l’époque de Franco, ne manquait pas d’humour. Et comme maintenant on traduit le nom des rues en basque, ça donne en euskara… azkatasuna kalea, donnant alors un tout autre sens politique à cette rue et d’autant plus qu’une plaque y commémore la plantation du chêne d’Itxassou ! Vous suivez ?
Vers 1910, l’arbre de la Liberté, à droite, place de la République, en haut de la rue de la Liberté :

Et un peu plus bas, la petite rue du Nord (pourquoi une rue du Nord à Hendaye ? nul ne le sait) devient en euskara… Iparralde kalea ! Bien joué non ? Ça ressemble un peu à notre voisine Irun qui a rebaptisé la célèbre avenida de Francia en Iparralde kalea.
Pourquoi la rue de Fontarabie, sous-titrée Hondarribia kalea, est devenue maintenant rue de Fontarrabie ? Faute d’orthographe et mauvaise prononciation. Fontarabie s’est toujours écrit avec un seul r en français, Fuenterrabia en espagnol et Hondarribia (on prononce plutôt Hondarribi) en basque avec deux r. Fontarrabie n’existe pas. Pas besoin de se gratter la gorge.
Pourquoi un boulevard du Général Leclerc et une rue du Maréchal de Lattre de Tassigny ? Leclerc est Maréchal de France, lui aussi ! Il est même le plus glorieux Maréchal de France du XXème siècle.
A Bayonne ou à Biarritz, il a sa rue ou son avenue avec son titre glorieux. A Saint Jean de Luz, il a son quai… et son grade. Ce nom et ce grade sont d’autant plus magnifiques que ce n’est pas son vrai nom, ce qui est unique pour un Maréchal de France. Son vrai nom était Philippe de Hauteclocque. Leclerc, c’est son nom de guerre ! C’est le nom qu’il s’invente et que lui reconnaitra la Nation. Et ce qui est rare également, c’est que ce héros sera fait Maréchal de France à titre posthume. On doit donc écrire boulevard du Maréchal Leclerc.

Une seule exception, Paris.
Paris qui perpétue le nom de boulevard du Général Leclerc en souvenir justement de l’entrée, par ce boulevard, de la 2ème DB dans Paris, le 25 août 1944, sous le commandement du « Général Leclerc ».
C’est exprès ! Nuance.
Il y a aussi, à Hendaye, des noms de rues absurdes.
Absurdes et compliqués. Par exemple, de nombreux Hendayais (puisque cette rue est en ville) habitent « rue du 19 Mars 1962 » !
Je n’ai jamais aimé les noms de rues qui sont des dates, exceptions faites de quelques très grandes journées universellement célèbres comme le 14 juillet ou le 11 novembre. Mais, franchement, je n’aimerais pas habiter la rue du 19 Mars 1962 et passer mon temps à devoir expliquer la raison de cette date ! Et vous, jeunes (ou moins jeunes) lecteurs de ce blog ? Ca vous dit quelque chose le 19 mars 1962 ?
Triste date. Et date encore trop sensible pour beaucoup de Français. Date du cessez-le-feu en Algérie. Une déchirure comme notre pays en connait tant. Cessez-le-feu, suivi de l’exode des Français d’Algérie, suivi du massacre des Harkis qui avaient été fidèles à la France. Cessez-le-feu qui fut suivi du début d’une guerre civile et de l’insurrection d’une partie de l’armée. Insurrection contre laquelle un célèbre Hendayais, Gaulliste de la première heure, héros de la Résistance et futur chef d’état-major des armées, prit une part décisive en faisant peindre une croix de Lorraine sur les avions qui s’opposèrent aux rebelles, le Général Fourquet. Il a sa rue, Dieu merci ! Une petite rue, mais bon.
Mais pourquoi transformer cette douloureuse date en rue ? On commémore cette date dans de nombreuses villes. On pense aux victimes de cette tragédie algérienne, bien sûr. On n’oublie pas. On n’oublie rien, des deux côtés de la Méditerranée. Mais on ne fait pas de cette date le nom d’une rue. En plus, c’est lourd, c’est compliqué. Si vous vous trompez de date sur l’enveloppe et que vous écrivez Rue du 19 Mars 1963… est ce que le facteur vous renvoie la lettre avec « erreur d’adresse » ?
Pourquoi donner des noms compliqués et, en plus, difficiles à expliquer et, pour certains… difficiles à oublier.
Pourquoi ne pas appeler cette rue… rue d’Algérie, par exemple ? Ce serait plus historique et ça irait mieux avec tous les palmiers qui poussent à Hendaye et notre casino mauresque et surtout… ce serait plus consensuel.
Restons dans l’Histoire. Histoire de France, la grande Histoire, mais aussi Histoire d’Hendaye ! Une rue San Martial ! Un comble !

Donner, sur le sol français, le nom d’une triste défaite, la Bataille de San Martial.
Victoire fêtée magnifiquement, chaque année, par nos amis d’Irun, mais triste journée pour notre histoire.
Triste journée aux conséquences désastreuses pour la France, mais aussi pour le Pays basque.
La bataille de San Martial, le 31 août 1813, est la dernière tentative de l’armée impériale pour secourir Saint Sébastien assiégé par les armées de Wellington et ses alliés espagnols et portugais. Le Maréchal Soult tente de forcer le passage par Béhobie pour monter sur la colline de San Martial (San Marcial) et foncer sur Saint Sébastien défendu désespérément par le Général Rey. Pampelune et Saint Sébastien, toujours occupés par les Français, constituent une menace trop grande pour les Anglais.
Les Espagnols, aidés par l’armée anglaise, réussiront courageusement à refouler les Français sur Béhobie et, comble de malheur, un temps exécrable (on connait !) et les grandes marées ont emporté les ponts en bois qui avaient été posés sur la Bidassoa. Les Français regagnèrent alors le territoire français en fonçant dans la nuit sur Vera de Bidasoa, où eut lieu une autre bataille contre les Anglais qui occupaient ce passage. Les pertes furent énormes des deux cotés avec même deux généraux français tués à Vera. Mais, surtout, les conséquences furent catastrophiques puisque le Général Rey, apprenant l’échec de San Martial, dut capituler. Les Anglais qui avaient perdu tellement d’hommes dans leurs différentes attaques sur Saint Sébastien saluèrent le courage des Français en leur rendant les honneurs militaires à leur sortie. Hélas ! Wellington ne put empêcher la folie meurtrière de l’armée espagnole qui massacra une grande partie de la population, pilla et incendia la ville. Il ne reste dans la « parte vieja » de la ville que quelques maisons qui n’ont pas brulé ce jour-là.
Les Donostiars garderont longtemps une profonde rancune et un souvenir détestable de leur… libération.
Enfin, la triste Bataille de San Martial et la capitulation de Saint Sébastien seront bientôt suivies de la Bataille de la Bidassoa.
Non, je n’aimerais pas habiter rue San Martial, même si grimper sur la colline de San Marcial est l’une de mes promenades préférées et que, de là-haut, on domine toute la baie d’Hendaye.
Allez ! Un peu d’humour, maintenant avec l’Impasse des Evadés !

Impasse des Evadés?
Oui, oui ! Impasse des Evadés !
Raymond Devos aurait a-do-ré !
L’intention était louable de rendre hommage aux évadés des camps de prisonniers en donnant le nom d’une rue.
Mais le nom d’une impasse !
Petite impasse pour laquelle la municipalité a même exagéré la drôlerie en affichant les horaires pour s’évader de l’impasse !
Et maintenant… un comble ! Enorme ! Rue des Basques !

Oui, oui ! Parce qu’il y a… ou il y a eu ?… des « Basques » à Hendaye. Alors, en hommage ou en souvenir de ces « Basques », on a donné le nom d’une rue. Une rue où il y avait certainement beaucoup de Basques…
Rue, dans laquelle habitent quelques amis qui sursauteront d’indignation en lisant ce blog et s’imagineront être bientôt, par ma stupidité, obligés d’envoyer un « changement d’adresse » à tous leurs correspondants.
- Ah bon ? Tu déménages ?
- Non, non ! Mais la rue des Basques ne s’appellera plus rue des Basques.
- Et comment elle va s’appeler ?
- On ne sait pas encore car les abertzale ont proposé « rue des Français », certains élus ont proposé « rue des Espagnols ».
Personnellement, je proposerais bien un nom qui nous sortirait de cette situation en renommant la Rue des Basques en Rue des Chasseurs-Basques. Du nom de ces glorieux régiments qui, sous le commandement de quelques chefs magnifiques comme La Tour d’Auvergne ou le futur Maréchal Harispe (un Basque justement) écrivirent quelques-unes des très belles pages de la Révolution française, particulièrement dans la région d’Hendaye.
Chasseurs-Basques qui font partie de la légende des Soldats de l’An II.
« Ils partaient, en tremblant, faire trembler l’Europe ».

A bientôt, chers amis, pour la suite de nos commentaires sur les rues d’Hendaye !
Car vous ne pensez tout de même pas que ce très culturel blog allait oublier de vous parler, par exemple, de la rue des Sept Nains ! Oui, oui ! Rue des Sept Nains à Hendaye !
Et, si vous habitez rue des Sept Nains à Hendaye, j’espère que vous rentrez le soir du travail en chantant :
« Hey oh ! Hey oh ! On rentre du boulot… »
Axel B.
http://hendaye.blogsudouest.com

Car vous ne pensez tout de même pas que ce très culturel blog allait oublier de vous parler, par exemple, de la rue des Sept Nains ! Oui, oui ! Rue des Sept Nains à Hendaye !
Et, si vous habitez rue des Sept Nains à Hendaye, j’espère que vous rentrez le soir du travail en chantant :
« Hey oh ! Hey oh ! On rentre du boulot… »
Axel B.
http://hendaye.blogsudouest.com












