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Eva Forest, la Dame des Libertés basques.

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EVA FOREST
LA DAME DES LIBERTÉS BASQUES
Par Périco Légasse *

  
  En donnant le nom d’Eva Forest à l’un des quais du port de Caneta, sur la promenade de la baie de Txingudi, c’est à une figure historique de la résistance au franquisme que la ville d’Hendaye a voulu rendre hommage, en souvenir de l’époque où sa famille habitait le quartier, au début des années 1980. Eva y rencontrait souvent Marc Légasse, venant rendre visite à sa sœur dans la Villa Mauresque où vécut naguère leur grand père, Ferdinand Camino, maire d’Hendaye de 1912 à 1919.  C’est de cet endroit précis que ses enfants avaient décidé d’embarquer pour aller jeter les cendres de leur mère dans les eaux de cette Bidassoa qu’elle avait tant aimée.


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Touché par la démarche, Kotte Ecenarro, alors premier magistrat, proposa que cet emplacement perpétue la mémoire de cette femme au destin exceptionnel, dont voici, en quelques lignes, le portrait.

 
Catalane de naissance, Espagnole de culture, Basque de convictions, Eva Forest, écrivain et sociologue, incarne, comme beaucoup de non-basques ayant pris fait et cause pour le destin d’Euskal Herria, le symbole de la fraternité entre toutes les victimes de la dictature du général Franco. 

  Alors qu’elle aurait pu prétendre à de hautes responsabilités politiques, culturelles ou universitaires après le rétablissement de la démocratie espagnole, en 1977, Eva Forest préfère dédier le reste de sa vie à la lutte du peuple Basque pour sa liberté. Depuis lors, cette femme gardera le peuple et le pays (en euskara, herria désigne les deux concepts, la terre étant indissociable des hommes qui y vivent) basques au cœur, un peu comme Hendaye, posé au bord d’un fleuve qui, pour certains, sépare le Labourd du Guipuzcoa, et pour d’autres, la République Française du royaume d’Espagne et se situe au cœur de l’histoire agitée de… « cette nation sans Etat » et un peu aussi comme le dernier fusillé du franquisme, Manuel Paredes Manot, alias « Txiki », son ami, qui donna sa vie, le 27 septembre 1975, pour ce pays où il n’était pas né et pour ce peuple qui avait accueilli ses parents et dont il fut, par son sacrifice, l’un des glorieux héros.
 
 
Tel est, en effet, le mystère de ces Espagnols devenus Basques ou de ces Basques qui ne se veulent plus, ou pas, Espagnols. 

  Mais à Hendaye, ces nuances sont-elles, sans doute, moins formelles qu’ailleurs puisque la Bidassoa semble davantage rassembler les villes qu’elle irrigue qu’elle ne sépare les berges entre lesquelles elle ondule depuis son Baztan natal.
 
  Un jour, peut-être, l’histoire réconciliera-t-elle, une fois pour toutes, ces hommes et ces femmes appelés à construire leur avenir dans une communauté de destin ? Eva Forest y croyait et consacra toute son énergie à la réalisation de ce rêve. Un rêve qui prend parfois des allures de réalité lorsqu’il a les contours de Txingudi.
 
Née en 1928, à Barcelone, d’un père anarchiste, qui meurt au début de la guerre civile de 1936, Eva Forest s’engage très tôt dans l’action militante. Etudiante en médecine à Madrid en 1956, elle rencontre Alfonso Sastre, auteur réputé pour ses pièces de théâtre, souvent interdites, dont elle aura trois enfants.
 
Arrêtée lors d’une manifestation de soutien aux mineurs Asturiens en grève, elle est incarcérée durant un mois, en 1962, avec sa fille âgée de trois semaines. Inquiété par le régime, le couple doit s’exiler à Paris, avant de parcourir le monde, en passant par Cuba, où Eva Forest côtoie Fidel Castro, et le Vietnam, où elle rencontre Ho Chi Minh.
  Revenue à Madrid en 1970, Eva Forest fonde le Comité de solidarité avec Euskadi, au moment du procès de Burgos, à l’issue duquel six militants d’ETA sont condamnés à mort puis graciés. Proche de l’organisation clandestine, elle apporte une aide logistique lors de la préparation de l’attentat qui, le 20 décembre 1973, coûte la vie à l’amiral Luis Carrero Blanco, chef du gouvernement espagnol, à qui Franco a confié le soin de maintenir la dictature avec une poigne de fer. Evénement déterminant qu’elle raconte, en 1974, dans « Operación Ogro », best-seller imprimé à Paris et publié sous le pseudonyme de Julen Aguirre, dont le cinéaste italien Gillo Pontecorvo fera un film à succès en 1979.
 
 
A nouveau arrêtée en 1975 pour avoir dénoncé la répression contre le peuple Basque et l’exécution de cinq militants de l’ETA et du GRAPO (extrême gauche espagnole), elle est férocement torturée dans les locaux de la police puis emprisonnée à Yeserias, près de Madrid. Ses « Lettres de prison » restent l’un des documents les plus bouleversants de cette période tragique. Prenant son cas en exemple, l’avocate française Gisèle Halimi saluera en Eva Forest l’une des héroïnes féminines de la lutte contre le fascisme, la torture et le totalitarisme de la fin du XXe siècle. 

  L’auteur de ces lignes n’oubliera jamais le meeting de soutien à Eva Forest, en avril 1976, au fronton de Belzenia, où le maire d’Hendaye de l’époque, Jean-Baptiste Errecart, eut l’occasion d’accueillir une élite d’intellectuels européens venus faire l’éloge de l’illustre résistante.
 
  
 Après la mort de Franco, fin 1975, il faudra attendre encore deux années avant que le gouvernement d’Adolfo Suarez ne décrète une amnistie générale et libère tous les prisonniers politiques.
  En juin 1977, ont lieu les premières élections libres depuis 1936. Eva Forest et Alfonso Sastre s’installent quelques temps à Ciboure, puis à Hendaye, avant d’élire domicile juste de l’autre côté de la baie de Txingudi, à Hondarribia (Fontarabie). Proche des thèses favorables à la souveraineté et à la réunification d’Euskal Herria, elle est élue sénateur du Gipuzkoa au parlement de Madrid, sous l’étiquette Herri Batasuna, de 1983 à 1987, mais refuse de siéger. 
 
Opposée à la violence terroriste, elle se détache de la politique et se dédie à ses études, à ses écrits et rédige de nombreux ouvrages sur la torture et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. 

  Le souvenir d’Eva Forest, qui nous a quittés au terme d’un dernier combat, perdu celui-là, en mai 2007, reste ancré dans le cœur de ceux qui ont aimé et approché cette dame de liberté. D’une douceur et d’une chaleur extrêmes, toujours prête à ouvrir sa maison au premier venu, elle conserve de nombreux amis à Hendaye.
 
 
Sa mémoire est indissociable des longues promenades qu’elle affectionnait tant à l’embouchure de la Bidassoa, surtout lorsqu’un début d’Enbata « fait danser, disait-elle… les tourbillons de sable à la façon d’un fandango de nuages ».

  Périco Légasse
 

 
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Eva Forest à Hendaye


* Périco Légasse, rédacteur en chef à l’hebdomadaire Marianne, est le fils de l’écrivain et homme politique Marc Légasse.


« … et préserver les rêves qu’ils ne pourront pas nous voler. » (1974 Lettres à ma fille depuis la prison de Yeserias)




hendayeblog@orange.fr









Un commentaire pour “Eva Forest, la Dame des Libertés basques.”

  • alga dit :

    Très bonne idée de parler de Eva. Comme l’idée de l’hommage à Caneta était aussi une belle idée. Je n’étais pas au courant que cet endroit avait pris son nom. Autre bonne idée.

    Le jour de l’hommage et du versement de ses cendres aux eaux de la baie de Txingudi il y avait énormément de monde. C’est vrai, la plupart, de l’autre coté. Il y avait quelques hendayais, le maire entre eux. Les témoignages de cet acte était émouvants, aussi de voir son compagnon Alfonso Sastre et ses enfants et petits-enfants, entre tous ses amis et admirateurs, qui ont compris leur message et leur lutte sans répit. Avant que Alfonso nous quitte, il ne serait pas mal de le faire connaître aux hendayais. Un homme infatigable aussi, qui nous laisse une façon de voir le théâtre avangardiste, osée, critique avec les injustices, pleine d’une grande connaissance de la littérature universelle … Deux basques d’adoption, deux txinguditar dont nous pouvons être fiers.

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